Les années passent et je suis conscient que les hommages suite à des disparitions de collaborateurs de Michael Jackson vont malheureusement perdurer ces prochaines années. Pour autant, je ne pensais pas que Bryan Loren allait compléter cette triste série si tôt, alors qu’il aurait dû fêter ses 60 ans en mai prochain.
Lors des récentes fuites, sur le net, de nombreux titres et pistes loin d’être abouties par Michael Jackson, la majorité des fans sont heureux et se gargarisent de combler un appétit qui ne sera jamais vraiment rassasié. Je ne nie pas le fait d’avoir fait partie de cette catégorie mais les années passant, en raison de nombreux aléas et autres expériences, ma réflexion a évolué à ce sujet. Désormais, ma première pensée lors ce type d’événements est qu’il y a toujours des gens malheureux ou qui souffrent de cette situation qui s’apparente, dans la majorité des cas, à un vol ou du piratage. A l’heure de son décès, il est terrible de constater que Bryan Loren est sans doute l’une des personnes les plus spoliées en ce domaine et que cela a forcément eu une incidence dans sa ligne de vie.
Celle-ci commençait pourtant sous les meilleurs auspices avec une passion pour la musique et une initiation aux instruments dès l’enfance qui s’exprimera par une polyvalence aussi bien aux claviers qu’à la batterie. Au point de passer professionnel à 15 ans avec ses premières sessions en studio, avant de devenir membre du Fat Larry’s Band deux ans plus tard ou et de développer une polyvalence dans des rôles de compositeur et de producteur. Une telle précocité ne pouvait que l’encourager à se lancer dans une carrière solo dès ses 18 ans dont le chant et la production complétaient déjà de multiples compétences dignes des plus grands.
C’est en effet par ce rôle de producteur que son parcours va s’étoffer avec des collaborations allant de Janet Jackson, Whitney Houston, Randy Jackson et Sting pour citer les plus connus durant cette fin des années 80. Toutefois, je n’oublie pas pour autant la chanteuse Shanice et cet album « Discovery » qui aurait retenu l’attention de Michael Jackson. Ce dernier allait reprendre le chemin des studios sans Quincy Jones et cherchait donc un producteur de cette nouvelle génération pour ce projet qui s’intitulait alors Decade et pas encore Dangerous.
Il s’agissait donc d’un tournant important dans la carrière du Roi de la Pop et Loren était alors celui qui devait l’incarner et accéder ainsi à une dimension particulière. Malheureusement pour lui, ce ne sera pas le cas. Après deux ans d’implication dans le projet, il est remercié du jour au lendemain au profit de Teddy Riley et c’est sans doute une plaie qui ne cicatrisera jamais. Il est au final crédité pour différentes sessions en tant que musicien, mais ses nombreuses chansons restent alors dans les coffres à l’exception de « Do The Bartman » sur l’album des Simpsons, « Superfly Sister » sur Blood On The Dance Floor et « Mind Is The Magic » pour les magiciens Siegfried & Roy. Le bilan peut sembler alors assez maigre et frustrant, d’autant qu’il était également pressenti pour participer au Dangerous Tour, mais là encore il n’est pas retenu. Affronter un échec peut aussi être un moyen de rebondir. Malheureusement, il semble que cette déconvenue l’ait hanté au point de s’amplifier au fil des années. Ces fuites sur internet de ses productions non retenues pour Dangerous, pour lesquelles il ne touchait pas un centime, n’ont rien dû arranger…
Lorsque je me suis lancé dans mon projet de livre Let’s Make HIStory, j’avais bien évidemment contacté Bryan Loren pour recueillir son témoignage. Il avait poliment décliné l’offre à mon grand regret bien qu’en respectant sa décision. Hasard du calendrier, alors que j’avais finalement réussi à concrétiser ce projet, j’apprends que l’association Music First organise sa venue à l’Abbey Road Institute Paris pour un séminaire en septembre 2016. Bien évidemment, je prends ma place tant je suis ravi de cette opportunité. Bryan Loren allait s’exprimer sur cette collaboration avec Michael Jackson alors qu’il semblait plutôt fermé à ce sujet seulement quelques mois plus tôt. Tout au long du séminaire, Bryan Loren revient en détail sur ses sessions avec le Roi de la Pop, tout en voulant démontrer son influence et ce qu’il a apporté durant l’élaboration à l’album. Non sans préciser qu’un jour Tommy Mottola, le patron de Sony Music, est venu en studio pour exprimer son mécontentement à Michael Jackson, au point que ce dernier en a pleuré, ce qui a pu engendrer son éviction du projet au profit de Teddy Riley.

De mon côté, j’avais beaucoup apprécié cette prise de parole et j’avais profité de l’occasion pour offrir un exemplaire de mon livre à Bryan Loren. Il avait également beaucoup apprécié mon geste tout en m’expliquant davantage les raisons de son refus d’y participer pour ne pas raviver de vieilles blessures. Je lui avais répondu que je comprenais totalement et que j’étais ravi de cette rencontre, et je retiendrai cet échange bienveillant que nous avons partagé ce jour-là. Lors de l’élaboration de mon livre suivant, Book On The Dance Floor, j’avais d’ailleurs utilisé mes souvenirs de cet événement avec une interview au magazine Black & White datant de 1998 pour rédiger mon chapitre au sujet de « Superfly Sister ».
A l’heure d’aujourd’hui, nous sommes abasourdis par son décès mais je réalise qu’il nous a adressé quelques appels à l’aide ces dernières années. Je repense à cet appel à l’Estate pour faire valoir ses droits bafoués, et sans doute qu’une réédition de Dangerous avec ses productions en bonus aurait été légitime. Les fans ont également été sollicités pour une cagnotte, estimant à juste titre qu’ils pouvaient faire un geste, en ayant écouté sa musique de la façon la plus gratuite. Sans doute des bouteilles à la mer, mais les fuites sur internet ne font pas que des heureux, au risque de me répéter.
En guise de conclusion, cela me rappelle que ce type de séminaires avec des collaborateurs de Michael Jackson ne pourront durer éternellement. C’était une bonne initiative de convier Bryan Loren pour ce qui restera son unique séminaire car l’occasion ne pourra se représenter. Fort heureusement, je ne me suis pas dit que je pouvais attendre la prochaine fois.
Cher Bryan, merci pour ton investissement et ta contribution à l’univers de Michael Jackson, même si elle est restée une aventure inachevée dans ton esprit. Que tu puisses reposer en paix maintenant et que tu ne sois pas oublié. Au revoir, l’artiste !
https://www.bricenajar.com/2020/04/09/bryan-loren-a-abbey-road/
