Catégories
Lecture

« You’ve Got Michael » de Dan Beck

(Trouser Press Books, 2025)

D’une manière générale, j’ai toujours aimé avoir une lecture en cours sur ma table de chevet, avec une préférence pour les biographies, que ce soit celle d’une personnalité politique ou d’un artiste. Bien évidemment, un livre sur Michael Jackson pourrait m’intéresser mais ma connaissance et mon intérêt pour le personnage m’encouragent désormais à être sélectif afin de trouver du contenu intéressant et pertinent au sujet d’une personne sur laquelle on a tellement écrit depuis tant d’années, afin d’éviter l’indigestion littéraire, et après tant d’ouvrages à la biographie tellement basique qu’elle pourrait me sembler répétitive dans ces différents  contenus.

Fort heureusement, certaines parutions liées au Roi de la Pop sortent du lot avec un concept intéressant dans lequel je sais que je vais prendre du plaisir, comme cela a été le cas avec ce You’ve Got Michael de Dan Beck, paru à l’automne 2025.

L’auteur de ce livre ne m’était pas inconnu ayant eu l’occasion de le voir à Londres en 2016, lors de la seconde édition de la Kingvention. J’avais ainsi pu découvrir sa collaboration avec Michael Jackson chez Sony Music en tant que directeur du Marketing. C’est un domaine que je ne connaissais pas, ce qui a suscité mon intérêt au point de lui proposer une interview pour mon site l’année suivante. Dans cette soif d’apprendre sur cet univers Jackson tellement vaste, je découvrais une autre de ses facettes et développais ainsi ma réflexion à ce sujet. Je ne pouvais donc que me réjouir de cette nouvelle parution, conscient que ce livre allait forcément m’offrir un témoignage complet et détaillé sur cette collaboration, bien au-delà des informations recueillies à la Kingvention et pour mon site. D’autant que mon affection pour l’album HIStory allait forcément entrer en ligne de compte l’année de son 30ème anniversaire.  Il faut dire qu’aucune célébration digne de ce nom n’a été réalisée, à mon grand regret. Je n’ai donc pu me retenir de traverser l’Atlantique en cette fin du mois d’octobre pour une édition de la Kingvention à New York. Il m’était impossible de résister au fait que cet événement se déroule aux studios de la Hit Factory, là où l’album HIStory a été réalisé en partie. Après les Mountains  Studios de Montreux et ceux de Westlake à Los Angeles, j’avais, une nouvelle fois, l’envie de me rendre dans un lieu où le Roi de la Pop a enregistré sa musique. Cet argument était imparable, mais le fait que Dan Beck vienne présenter et dédicacer, en avant-première, ce You’ve Got Michael a été l’un des (nombreux) arguments qui m’ont encouragé à faire le déplacement.

Une fois ma rencontre et la dédicace faite avec l’auteur, j’étais dans les meilleures conditions pour me plonger dans ce riche et fort témoignage. Il s’agit là du premier livre de Dan Beck, signe que cette collaboration avec le Roi de la Pop reste sa plus marquante. Le fait de franchir le pas de la phase d’écriture est toujours un fort moment de réflexion qui démontre ce besoin d’extérioriser une expérience qui vous a marqué. L’auteur n’en oublie pas pour autant de se présenter et de nous narrer son parcours qui l’a mené du journalisme musical à celui de publicitaire pour la maison de disques  CBS dans les années 70, avec une première collaboration avec les frères Jackson en 1975-76. Dan Beck nous raconte alors son évolution jusqu’aux années 80, en tant que chef de produit afin de gérer la promotion d’albums de divers artistes comme Luther Vandross, Cindy Lauper ou encore Sade.  Voilà de quoi nous plonger dans le contexte musical de l’époque dans le cadre d’une maison de disques. Une sorte d’immersion dans les coulisses sous un jour que nous ne soupçonnions pas lorsque nous écoutions nos cassettes audio en ce temps-là. Tout cela reste un récit très instructif et en découvrant l’organigramme qui va de Epic Records jusqu’à la maison-mère CBS, nous pouvons nous remémorer cette époque révolue. Celle où les artistes et leurs maisons de disques obtenaient la majorité de leurs revenus par la vente d’albums avec le Compact Disc sur le point de remplacer le vinyle. Dans ces premiers chapitres liés aux années 80, et bien avant de travailler directement avec Michael Jackson, Dan Beck nous partage ici son regard sur celui qui était déjà le plus grand artiste de l’industrie musicale. L’occasion de saluer le travail de Franck DiLeo, autre cadre à l’origine de chez Epic pour la promotion de l’album Thriller, devenu par la suite le manager de la star. Nous pouvons alors déjà ressentir toute l’implication de Dan Beck pour gravir les échelons et son long investissement, sans compter les heures de travail, lui permet alors d’évoluer dans sa carrière, parfois au détriment de sa vie personnelle.

Les années 90 arrivent, et on pourrait même évoquer une sorte de tournant dans le parcours de Dan Beck, dans son nouveau rôle de directeur du Marketing. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque CBS a été racheté par Sony et que Michael Jackson s’apprête à publier son album Dangerous, sans Quincy Jones, son emblématique producteur de la décennie précédente. C’est dans ce contexte que Dave Glew, le président de Epic Records, passe voir Beck pour lui annoncer cette phrase « You’ve Got Michael » qui allait totalement changer son quotidien.

Dans notre vécu, parmi tous ces moments insignifiants passés aux oubliettes, on se souvient forcément des instants marquants de notre existence qui ont eu une incidence sur le déroulement de notre vie. Le choix de l’auteur d’immortaliser ce court instant comme titre de son livre exprime combien sa carrière a alors connu un tournant décisif dans ce long processus d’évolution pour promouvoir les travaux des artistes. Dans cette collaboration avec le Roi de la Pop qui débute alors que l’album Dangerous est sur le point d’être publié, Dan Beck nous raconte combien le challenge était excitant. Il peut ainsi se considérer comme un alpiniste qui veut se mesurer à l’Everest et nous délivre ici un témoignage sincère qui ne cherche pas à édulcorer la réalité. Dans cette nouvelle fonction, il n’hésite pas à demander conseil à sa hiérarchie, dont Larry Stessel qui a occupé ce rôle avant lui. Il nous explique également quelques rouages importants, comme une bonne communication avec la garde rapprochée de l’artiste, notamment son avocat John Branca et son manager Sandy Gallin. Ce rôle décisionnaire des choix des singles et des tournages des vidéos clips avec leurs budgets respectifs peut nous permettre de nous replonger dans nos propres souvenirs de fans. Nous avons été nombreux à acheter ces disques et à avoir été heureux de découvrir un nouveau clip à la télévision. Tous ces choix ont été réalisés avec l’accord de Michael Jackson et on lit avec beaucoup d’attention ces échanges entre ce dernier et l’auteur. Par exemple, j’ai beaucoup aimé découvrir les coulisses du clip « Jam » et combien d’efforts il a fallu pour que l’idée géniale d’inclure Michael Jordan au projet se réalise. Les autres grands moments de cette période Dangerous comme le Superbowl, les Grammys et l’entretien avec Oprah sont bien évidemment abordés. Tout au long du récit, on ressent combien l’auteur a cette volonté de reconquérir le sol américain dans les charts. En tant qu’européen, ce n’est pas quelque chose que je ressentais à l’époque mais j’ai apprécié de vivre pleinement cet aspect de la carrière de MJ sur son sol natal. Dans cette quête, l’auteur dévoile également des projets non aboutis comme un tournage lors d’une journée caritative organisée à Neverland et la parution de la cassette vidéo Dangerous The Shorts Films qui a nécessité 14 mois de montage en raison du perfectionnisme de la star. On ressent alors tout l’enthousiasme du Roi de la Pop pour ce projet et combien il estime de plus en plus l’auteur, conscient qu’il veut mettre en avant sa musique et redorer son image publique. Tout au long de ces pages, on réalise combien travailler au service de Michael Jackson était vraiment quelque chose d’à part.

L’affaire de 1993 est bien évidemment abordée et l’auteur nous dévoile alors les conséquences sur le marketing et l’aspect juridique, non sans nous livrer comment il a vécu la chose humainement. Il est vrai qu’il ne s’agit pas là d’un livre uniquement basé sur les chiffres et l’aspect financier. Les réflexions personnelles et l’aspect humain de Dan Beck font partie intégrante du récit et légitiment encore davantage cette parution.

Au fil des chapitres, j’ai le sentiment que le livre monte en puissance et que les pages liées à l’album HIStory sont le point culminant du récit. D’un projet de best-of avec quelques inédits qui va devenir un double album, Dan Beck a ce rôle complexe d’être l’agent de liaison entre l’artiste et sa maison de disques pour de nombreuses négociations. Entre les pressions de sa firme pour que le disque soit finalisé et toute la bienveillance exprimée pour son artiste afin qu’il puisse exprimer son art dans les meilleures conditions, nous vivons totalement l’atmosphère de l’époque. Dans ce titre HIStory, imaginé brillamment par l’auteur, Michael Jackson va imaginer le concept de la statue et de son teaser. Ce n’est pas un secret, il s’agit là de mon album préféré et lorsque j’avais 16 ans, je ne pouvais qu’adhérer totalement à ce concept, ravi du retour de ma star favorite en réponses aux affaires. Plus de trente ans plus tard, à la lecture de ce livre, je veux bien reconnaitre qu’il n’était pas forcément facile de promouvoir et de faire adhérer le plus grand nombre à ce concept alors qu’il s’agissait là de la plus grande campagne publicitaire jamais menée par une maison de disques. On ressent alors toute la bienveillance de Dan Beck pour l’artiste, nous rappelant son enthousiasme, sa passion pour son art et combien il était reconnaissant pour le travail de chacun, non sans reconnaitre un certain entêtement dans ses décisions. L’auteur, toujours très professionnel, n’a pas cherché ici à le faire passer pour son ami, mais nous livre simplement une belle description de comment était Michael Jackson humainement, au travail. Beck n’occulte pas non plus les difficultés face à une presse très négative sur le sol américain et combien il a fallu tenir pour soutenir ce projet HIStory. La polémique des paroles de « They Don’t Care About Us » et l’anecdote du retour en studio de MJ pour réaliser un nouveau pressage restent des moments forts de ce témoignage. Il n’était pas évident de négocier tout cela face au principal intéressé qui voyait cela comme une terrible injustice. Dans tout cela, Dan Beck défendait son artiste et ses intérêts pour son bien, mais le risque était de voir un artiste s’isoler et se sentir incompris de tous. C’était surtout ce fossé entre la star et son pays natal qui se creusait. Voilà pourquoi il était opportun de remettre en avant la musique, comme l’a toujours souhaité l’auteur. Les deux concerts HBO One Night Only programmés en décembre 1995 au Beacon Theater de New York allaient dans ce sens. Malheureusement, le malaise de MJ lors des répétitions et l’annulation des concerts marquent un terrible coup d’arrêt. On ressent alors un immense désarroi dans le témoignage de Beck, comme si la promotion du disque s’arrêtait aux USA. Le fait de débuter le HIStory Tour en Europe de l’Est et en Asie l’année suivante va dans ce sens. C’est justement à ce moment-là que Dan Beck va quitter Epic Records pour lancer la maison de disques V2 Records avec Richard Branson. J’ose alors me poser la question, qui n’engage que moi : si Dan Beck était resté, est-ce que le fossé entre Michael Jackson et Sony se serait autant creusé ?

A travers chaque anecdote, j’ai repensé à comment j’avais vécu l’évènement, que ce soit une performance télévisée ou la parution d’un clip vidéo, me ramenant à mes 16 ans. Ce livre est vraiment très instructif. A titre d’exemple, j’ai enfin compris pourquoi Michael portait des ailes d’ange dans le clip de « You Are Not Alone » lors de la parution de la cassette vidéo et non pendant ses précédents passages télévisés.

Je ne peux que vous recommander ce livre même si son contenu en anglais a rendu ma lecture plus lente. Nul doute qu’en français, je l’aurais dévoré beaucoup plus rapidement. Dans cette nouvelle ère où le support physique se fait de plus en plus supplanter par le digital et dans laquelle je me reconnais de moins en moins, je ne peux que saluer cette initiative. Tout témoignage d’un collaborateur de Michael Jackson est précieux et se doit d’être immortalisé pour continuer de célébrer son héritage.

Merci à Dan Beck, Steven Paul Whitsitt et l’équipe de la Kingvention. 

Lien Amazon.fr

Entretien avec Dan Beck (2017)